LE COMMINGES ET SON HISTOIRE
BERTRAND DE GOT, L'ÉVÊQUE À LA LICORNE
Le Pape écoutera encore ce dernier pour trouver son remplaçant potentiel en la personne de Nicolas Boccassini qui deviendra effectivement Benoit XI. Remarquable, aussi : les armoiries papales de Clément V n’étaient autres que le Beaucéant ! . Fort de connaître les penchants intellectuels et mystiques de Bertrand de Got, il est clair pour nous que la clé de la convergence gnostique entre lui et les Templiers, plus que vraisemblable, se trouve dans chiffre 9. Déjà, sur le plan « gestion de ce monde », les principes tripartites développés par l’ordre du Temple sont identiques à la volonté politique de Bertrand qu’il n’eut de cesse de rappeler courageusement plusieurs fois tant au roi d’Angleterre que de France. Bertrand de Got ne fut pas, comme de nombreux auteurs le proposent, un lâche manipulé par Philippe le Bel. Au contraire, toutes ses manœuvres politiques, directes et souterraines jugulèrent l’action du roi de France. Si parfois les apparences montrent une position dominante du roi, en réalité Bertrand de Got avait toujours un « coup d’avance » sur lui, comme dans une partie d’échecs. Chaque apparente reculade de l’homme d’église débouche sur une défaite du roi. Ce dernier est, par là même, ridiculisé. C’est un facteur supplémentaire de sa haine à l’encontre du Prélat. Bertrand de Got fut aussi un grand voyageur, diplomatie oblige. Sans cesse sur les routes, son esprit devait bien être imprégné de la symbolique de sa corne de « licorne » pour mener à bien ses missions aussi bien temporelles que spirituelles. Au-delà de tous ces mystères symboliques, tournant autour de cet objet « magique », n’y aurait-il pas plus prosaïquement, caché à l’intérieur même de la corne, un écrit extraordinaire comme à Rennes le château ? Y aurait-il un lien entre les deux ? W.D. (1) Plusieurs écritures sont possibles : Goth, Got ou Gôt. (2) Bertrand de Blanchefort, maître de 1156 à 1169
En effet, de cette corne, dont le symbolisme est la puissance et la pureté, rendant la justice telle la pénétration du divin dans l’incarné, il fait sa crosse d’évêque, toujours visible à la cathédrale. À cette corne, il vouera un culte étrange sinon mystérieux. L’utilisait-il comme une sorte de baguette de sourcier, captant les ondes telluriques ou cosmiques ? Toujours, lorsqu’il quittera plus tard le Comminges pour l’évêché de Bordeaux, il en confira la garde aux Templiers de Montsaunès. Il ira en quérir constamment quelque nouvelle, même pendant le fameux procès du Temple, lors duquel cette commanderie sera épargnée par son expresse volonté papale (uniquement pour cette affaire ou, aussi, pour les secrets contenus dans les souterrains et tumulus des lieux ?). Pourquoi ne l’a-t-il pas emmenée pour perpétuer son action de « pasteur des âmes » ? Ce présent, en fait une défense de narval, lui fut offert lors d’une délégation officielle anglaise par une personne non identifiée, passionnée d’occultisme. Bertrand aime les affaires ésotériques au point de lire Albert de Grand dont les deux œuvres les plus connues (survivantes des chaos obscurantistes de l’Histoire) sont le petit et le grand Albert, ouvrages non pas magiques, mais bien d’expression alchimique magistrale. Par ailleurs, Bertrand est épris de manuscrits hébreux et arabes, non pas pour les langues, pour lesquelles il crée des chaires dans plusieurs universités, mais bien pour le sens gnostique qu’ils expriment. Il encourage par ailleurs les travaux d’Arnaud de Villeneuve, médecin et hermétiste réputé, dont on tient la distillation et la carthagène. Au passage, on remarquera que cet éminent savant d’origine espagnole, fixé à Montpellier où il exerçait la médecine et la chirurgie, accomplissait en outre des missions diplomatiques. Il était ainsi en relation avec les plus grands savants de son temps. Lorsque l'Inquisition l'arrêta comme hérétique, car il s'intéressait à l'astrologie, à l'alchimie et à la magie, Boniface VIII, lui épargna le bûcher sous la pression de Bertrand de Got.
M ine de rien, notre cher Comminges a, dans son héritage, les plus grands feuillets de l’histoire des Pyrénées. En fait, ils sont majeurs dans les chroniques, non-pas du seul sud-ouest, mais de l’Europe entière. Mais le voile du mystère, volontairement posé, générant ainsi les légendes, occulte l’importance de ses annales. À la volée, le mystère des cagots me vient à l’esprit, mettant St Bertrand de Comminges au-devant de la scène puisqu’il en est l’épicentre. Ce faisant, Pompée, Hérode Antipas, Bertrand de l’Isle, les Gravetiens, les Templiers, Gallieni et les autres remontent à la surface. Pour l’heure, c’est Bertrand de Got (1) qui retient mon attention. En effet, semblable à notre territoire, sa belle face à l’aspect paisible, bien visible et délimitée, cache de bien profonds secrets. L’un d’entre eux, la présence des Templiers dans notre contrée, dont Montsaunès n’est autre que la partie la plus visible. D’autres lieux sont concernés, mais négligés par les historiens, tels Arlos ou Labroquère… Le mystère des Templiers est connu de tous. Il est si fort qu’il en occulte un autre encore plus ténébreux : celui de Bertrand de Got alias Clément V. De par sa place prépondérante dans le mythe des Templiers, il est à lui seul un mystère dans le mystère. Son seul nom donne un avant-goût de la profondeur et de l’origine de l’énigme, qui nous renvoie peut-être dans la vallée wisigothe du Couserans aux sabots si particuliers. En effet, comment un fils d’une des plus vieilles familles du sud-ouest, qui sent l’hérésie à plein nez, liée à la puissante maison d’Albret et de Blanquefort, dont un des membres fut de surcroît Grand Maître de l’Ordre (2), aurait-il pu vouloir détruire l’œuvre familiale aux desseins bien énigmatiques ? En avait-il seulement la puissance ? N’oublions pas qu’il fut le premier Pape en Avignon, insigne de la faiblesse de son pontificat dans une Europe agitée et belliqueuse, transie par sa défaite face aux infidèles. Avant de nous plonger dans le contexte général de l’époque, il faut savoir que Bertrand de Got est, pour le Comminges, l’évêque à la Licorne.
BERTRAND DE GOT : CONSIDERANTES DUDUM
En 1289, lors d’une délégation, Bertrand se fait remarquer par le roi d’Angleterre pour ses compétences juridiques et ses qualités exceptionnelles en matière de diplomatie. À 20 ans, pour se parfaire en droit romain, il part à Bologne puis à Rome. Sur place, guidé et aidé par quelques croix rouges, il se fait des relations dans la Cour pontificale. Il réussit à se faire introduire auprès du pape Boniface VIII. Ce dernier, tout comme le roi d’Angleterre, le remarque tant son charisme est puissant. Il lui accorde sa « bienveillance », valeur non négligeable à l’époque puisqu’elle lui vaudra dès son retour à Bordeaux à une ascension fulgurante. En 1293, il est un temps chanoine de l’Église Saint-André de Bordeaux puis vicaire général de l’archevêque de Lyon où son frère est déjà l’archevêque. En 1295, il est évêque de Comminges. Il entretient des contacts permanents avec le Temple, Rome et le roi d’Angleterre. Il conseille ce dernier pour les affaires aquitaines. En 1299, le pape Boniface VIII le nomme archevêque de Bordeaux. Il devient conciliateur entre les rois de France et d’Angleterre toujours sur la question d’Aquitaine, mais aussi Normande. Comme le fera plus tard, magistralement, Fébus, il ne se rallie ni à l’Angleterre ni à la France, se prévalant de ce que « ni Dieu ni son église ne doivent ni obéissance ni serment d’allégeance à quelque roi que ce soit ». Avant de se rendre au concile de Rome en 1302, bravant ainsi l’interdit du roi, il rappela cette position à Paris devant « l’ignoble » Philippe le Bel. En 1303, il retourne à Rome, et il déploie encore une fois tous ses talents diplomatiques pour accroître son influence au Vatican.
N otre héros est né en 1264 (date non établie, et certaines sources Bordelaises avancent 1270) à Villandraut, soit 20 ans après la chute de Montségur, de Béraud de Got et Ida de Blanquefort. Il étudie, dans un premier temps, les arts à Toulouse. Il fait de brillantes études de droit à Orléans. Lorsqu’il sera Pape, il hissera cette école au rang d’université en 1306. Le fait de devenir une université permettait à une l’école de l’époque d’échapper au contrôle du roi et d’obtenir de nombreux privilèges financiers. C’est encore un camouflet porté à Philippe le Bel. Son amour pour les arts, et notamment l’architecture, fait de lui l’enthousiaste et le soutien indéfectible de l’art gothique. Certains auteurs trouvent l’origine de cette expression architecturale dans le nom même du personnage tant il en sera le promoteur acharné. Officiellement, c’est Giorgio Vasari qui, en 1550 sera le premier à employer cette appellation. Tous ceux qui ont étudié l’architecture savent que le gothique s’est développé en même temps que le roman. Il n’est pas une évolution de l’art de la construction, mais bien l’incontestable vainqueur de la course entre le passif et le dynamique. Mystère subsidiaire, qui a financé toutes les constructions dans cette ère dite « le temps des cathédrales » alors que les guerres de domination ruinaient tout le monde ? Seule, la puissance financière conjuguée avec la stabilité et la neutralité intérieure du Temple put le faire. Malgré la croisade Albigeoise, le Temple n’avait pas pris part à ce conflit. N’était-ce pourtant pas dans ses prérogatives ?
Il convoite le chapeau de cardinal. Proche de Boniface VIII, il souffle au Pape, fatigué, Nicolas Boccasini comme successeur. C’est dire l’influence voire l’ascendant qu’il avait dès lors sur le Pape. Boccasini remplacera effectivement Boniface en octobre 1303. Ce dernier, en guerre contre Philippe le Bel et son bras droit maudit Nogaret, mourra en juillet 1304 empoisonné. Dès lors, le monde chrétien sera privé pendant des mois de chef spirituel. Le conclave se réunit à Pérouse pour une nouvelle élection. Les transactions ne durent pas moins de 11 mois entre le parti français, conduit par la famille romaine des Colonna, et le parti du défunt Boniface VIII, conduit par les Caetani. On décide finalement de choisir le pape à l’extérieur du Sacré Collège des cardinaux et l’unanimité ou presque se porte sur le nom de Bertrand de Got, prélat diplomate et juriste éminent, censé être resté neutre dans la querelle entre le roi Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. Ce qui prouve que son action souterraine ne fut pas découverte ou, du moins, non considérée comme forte, ni par les uns ni par les autres. Pour autant, le dénouement du conclave le surprendra. En effet, si le fait de choisir un Pape dans les rangs extérieurs des forces en concurrences est l’œuvre dissimulée de Bertrand, rien ne lui permettait de supposer que le choix serait porté sur lui, compte tenu de son jeune âge pour un tel poste. Bertrand de Got apprend son élection lors d’une tournée pastorale. Il ne s’en réjouit pas du tout. Il prend tout son temps avant d’accepter le poste, seulement après avoir consulté toutes ses relations secrètes, Templiers compris. Il choisit le nom de Clément V. W. Delfosse
BERTRAND DE GOT : CONSIDERANTES DUDUM (FIN)
B ertrand de Got, tout juste devenu Sa Sainteté Clément V, ne tarde pas à rencontrer l’adversité. Et cela, dès son couronnement, en grande pompe, le 14 novembre 1305 à Lyon, en présence de Philippe le Bel. En effet, durant la procession publique, coutume d’alors consistant à courir la ville sur un âne ou une mule, il est victime d’un attentat. La chute d'un mur le jette à terre et un de ses frères est tué, ainsi que le vieux cardinal Mattéo Orsini qui avait pris part à douze conclaves et vu passer treize papes. Le joyau le plus précieux de la tiare papale, une escarboucle, est perdu (?) ce jour-là. Le jour suivant, un autre de ses frères meurt au cours d'une querelle entre les domestiques du nouveau pape et les serviteurs des cardinaux. La tension est extrême. Elle conduira le Pape à se déplacer constamment, jusqu’au jour où il s’installera à Avignon en 1309 plus pour suivre de très près le procès des Templiers que pour sa sécurité. Son hôte n’est autre que le comte de Provence. En 1308, Clément revient dans le Comminges pour y canoniser Bertrand de l’Isle et transférer ses reliques dans une châsse. Un jubilé, période de pardon et de conversion concrétisée par l'octroi d'indulgences spéciales depuis l'année 1300, est accordé par ses soins.
La visite des lieux saints est la forme publique du marchandage. Jusqu’à la mort du prélat, en 1314, la vie de Clément V se résume en un formidable bras de fer avec Philippe le Bel à propos de Boniface VIII puis des Templiers. Cette lutte occulte d’ailleurs le soutien du Pape envers Charles de Valois, le frère du roi, ce qui n’est pas négligeable dans les affaires tant intérieures que de Constantinople ainsi que sa victoire sur les Vénitiens, signal fort à qui s’en prendrait aux propriétés du Saint-Siège. Le Temple disparaît aussi mystérieusement qu’il était apparu. Philippe le Bel échoue dans son œuvre de spoliation, déroulée sans bataille pour défaut de combattants. Curieux, pour la force militaire la plus puissante de son temps, de trouver les commanderies vides de biens, d’archives et d’hommes. Seuls quelques individus, illettrés dans l’ensemble, de Molay en tête, sont arrêtés. Stupéfiant, pour un homme censé être le chef d’une force armée colossale, maître de la marine européenne, banquier suprême et représentant de la plus grande machine économique et immobilière de l’époque… de ne savoir ni lire, ni compter. Les rares dignitaires de l’ordre incarcérés s’échappent mystérieusement et
disparais-sent à jamais. Seul le menu fretin est sacrifié. Nous y voyons là un châtiment qui leur est infligé, car ils avaient fauté gravement envers l’ordre pour des motifs qui nous échappent. Clément V a bien manipulé le roi de France et s’est magistralement moqué de lui en lui offrant un Temple désert. Et ce ne fut pas pour rien si les biens des Templiers furent donnés aux Hospitaliers. Le temps des croisades était révolu, le sens initial ésotérique devenu obsolète, l’ordre passa à autre chose. Ce n’est pas un hasard si l’alchimie, la médecine et les autres grandes œuvres humaines se développèrent à ce moment précis. Le Pape, malade des intestins, s’éteint le 20 avril 1314 à Roquemaure dans la demeure du chevalier Ricard. Même mort (empoisonné ?), il n’aura pas la paix. En effet, sa dépouille ramenée à Carpentras pour des hommages solennels fut en partie brûlée durant la veillée funèbre. Un « incident » provoqua la chute d’un cierge, qui mit le feu au catafalque. W. Delfosse Erratum : au N° 6, p. 3, col. 4, §1, il fallait bien entendu lire Benoît XI et non Clément V. Avec nos excuses et remerciements au lecteur attentif !
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