Toute la classe politique, c'est-à-dire clairement l'ensemble des prédateurs publics, dans une agitation phénoménale autour du problème des retraites : malgré tous les efforts pour cacher l'abîme qui se creuse, personne ne peut nier actuellement qu'il est sans fond. Il nous est promis que lors des discussions annoncées tout serait sur la table et qu'il n'y aurait aucun tabou. C'est déjà un premier mensonge : le tabou suprême, à savoir la retraite par répartition ne sera nullement mis en cause. Or c'est bien ce système qui est l'origine de tous les malheurs. Rappelons que la retraite par répartition implique une double rapine. Le premier vol se produit lorsque la force publique oblige les salariés et bien d'autres à verser des sommes d'argent immenses dans un grand réservoir non géré qui s'appelle la sécurité sociale ; cela dure ainsi depuis plus de 60 ans. Le deuxième vol s'exerce au détriment des pensionnés. Ceux-ci observent que leurs retraites sont sans cesse manipulées et le plus souvent rognées, selon les variations du bon plaisir des prédateurs publics ; au passage, ces prédateurs publics qu'ils soient ministres, députés, sénateurs ou syndicalistes prélèvent une large part pour leur confort et leur richesse. Mais en plus des deux vols de base, il s'est ajouté au fil du temps diverses opérations de banditisme d'État. Parmi celles-ci, se trouve la technique mensongère des compensations : sans demander l'avis de personne, sauf pour la forme et au fil du temps, les ressources des régimes encore debout ont été absorbées pour corriger la déroute des régimes en perdition, ceci sous le prétexte d'une solidarité nationale ce qui est un autre mensonge. Dans la même ligne, il s'est opéré une manipulation fabuleuse qui fut de faire supporter aux salariés du régime général une partie des retraites scandaleuses des régimes spéciaux, ceci dans un nuage de complications. La retraite par répartition s'oppose à la liberté de l'épargne telle qu'elle a existé depuis des siècles chacun préparant librement ses vieux jours ; le choix des investissements est sans limites : logements locatifs, fonds de pension, commerces, etc. Toutes les villes de France doivent leurs immeubles aux épargnes librement consenties. La catastrophe qui est maintenant visible était inscrite dès le départ dans les gènes du système. L'argent récolté par la force est détruit au jour le jour comme si les billets étaient placés dans la machine a déchiqueté les papiers : les cotisations en effet ne créent pas d'argent ; elles le distribuent ce qui est différent. Si leur montant avait été placé dans des conditions normales et dans la liberté des propriétaires, il aurait rapporté des sommes considérables grâce en particulier au jeu des intérêts composés, ce don du Créateur qui nous permet de gérer le temps, lequel est la ressource la plus rare de l'univers. En plus, la répartition est tributaire de la démographie dont les effets négatifs s'observent actuellement, alors que le seul paramètre dans la logique pour préparer l'avenir est la création de richesse. Enfin, un système reposant sur la force publique déresponsabilise les gens ce qui est très grave pour le corps social. Les propriétaires épargnants auraient disposé de capitaux importants leur permettant soit de vivre des revenus, soit de convertir en rente, soit de transmettre à leur famille, avec parfois un mélange des solutions diverses. Il se serait ajouté pour l'ensemble de l'économie une prospérité accrue par des investissements en quantités inconnues de nos jours qui n'ont pas existé à cause de la répartition et qui auraient à leur tour enrichi le processus. Nous connaissons les objections que ne manqueront pas de formuler les adorateurs du tabou. D'abord dans les placements privés il peut y avoir des accidents tels qu'ils sont observés lors des périodes de crise ; la réponse est facile : quand il y a des ratés dans des placements privés, le propriétaire peut toujours corriger, même s'il ne peut pas rattraper tout l'argent perdu. Dans la répartition il n'y a pas seulement risque de perte, mais certitude de perte, celle-ci étant intégrée dans le système ; certes, lesdits adorateurs du tabou répondront que le désastre vient simplement du prolongement de la vie humaine ; c'est aussi un mensonge, car dans la liberté de l'épargne les ajustements se font au fur et à mesure des nécessités que chacun constate et gère. Autre objection éventuelle : les épargnants peuvent être victimes d'escrocs du type Madoff ; c'est vrai, mais une escroquerie d'une telle ampleur est rare et la justice en tout cas se manifeste un jour ou l'autre . J'ai montré que la répartition se compare tout à fait au système Madoff : les premiers ramassent l'argent et les derniers n'ont plus rien ; la différence est qu'il n'y a pas de sanction juridique : aucune chance de pouvoir attaquer en justice un personnage politique quelconque pour avoir ruiné les Français de cette façon. La supériorité de la libération de l'épargne est telle que plusieurs pays ont abandonné la répartition avec un grand succès, notamment le Chili, la Nouvelle-Zélande, Singapour et d'autres sans doute. Il en est résulté un double effet : les retraites ont été progressivement sauvées et le PIB, quelle que soit la fragilité de ce système de mesures, a connu une croissance importante même pendant la période de la crise. Comme le problème des retraites devient de plus en plus intenable et que tout le monde maintenant est bien au courant, le pouvoir en vigueur a décidé de lancer une grande parlotte sur le sujet, avec évidemment selon l'usage des buffets bien garnis, pour essayer de rapiécer le système qui s'en va en lambeaux. Le nombre de cotisants par retraité passera de 1,45 à 1, seulement, à l'horizon 2050. La CNAV aura un déséquilibre de 10 milliards en 2010 ; l'ensemble des régimes devrait être en déséquilibre de 70 à 100 milliards vers 2 040. C'est l'occasion d'évoquer un autre tabou à savoir celui de l'âge de départ à la retraite. François Mitterrand avait en effet décidé en 1983 d'avancer l'âge du départ à la retraite de 65 ans, où il se situait traditionnellement, à 60 ans. Cette décision prise par un seul homme et pour son avantage personnel a été particulièrement dévastatrice sur l'économie française et de plusieurs façons. L'économie a été privée de l'expérience des seniors, laquelle est irremplaçable. En outre, les personnes de 55 ans ont eu du mal à trouver des emplois lorsqu'ils se sont trouvés en difficulté. Enfin, au fur et à mesure que le système s'est dégradé il a fallu augmenter la charge des retraites et réduire ainsi la compétitivité des entreprises; d'où un chômage induit supplémentaire. Le monde politique triomphe parce que le parti socialiste, qui est à l'origine du mal, vient d'ouvrir, par la voix de Martine Aubry, une petite porte en vue de renoncer à la retraite à 60 ans. Ce léger revirement intervient 27 ans après la catastrophe et est en fait un terrible aveu de l'erreur initiale. Au stade actuel, la seule perspective est que la parlotte accouche d'un certain nombre de mesures dans le fouillis habituel : augmentation des cotisations, manipulations sur l'âge de départ, réduction des pensions ; la patate restera chaude jusqu'à la prochaine parlotte. Le résultat de tout ce gâchis est que les personnes les plus favorisées soit par leur talent soit par leurs ressources trouveront toujours moyen de surnager et parfois si elles le peuvent quitteront le territoire national. Comme toujours, le désastre de l'économie administrée pèsera sur les faibles et les plus modestes alors que justement l'un des prétextes de l'intervention abusive de l'État est de les protéger. Michel de Poncins Rédacteur de Tocqueville Magazine -
http://www.libeco.net/magazine.htm 25 janvier 2010
COMMENTAIRES
Les sujets gravement préoccupants, économiques, sociaux, notamment, sont extrêmement nombreux, malheureusement. Cette page aborde celui des retraites, difficile, délicat, explosif s'il en est. Le problème, devenu d'une extrême complexité avec le temps et le laxisme, de rigueur depuis près d'un siècle, constitue aujourd'hui une véritable bombe à retardement sociale, à l'instar de la dette publique, de l'endettement personnel des Français, de la désindustrialisation, etc. Le sujet reçu de Michel de Poncins nous a paru propice à l'ouverture d'une réflexion et d'un débat sur cette question qui intéresse tous nos concitoyens et, bien au-delà, les citoyens de tous les pays de cette planète, qu'ils soient déjà confrontés aux difficultés ou menacés de l'être. Si le texte ci-après comporte divers points pouvant faire l'objet de réserves, voire de critiques, il pose clairement le problème, insurmontable en l'état, généré par les mécanismes adoptés à l'origine et traduisant, pour le moins, une totale imprévoyance des "décideurs" de l'époque. L'imprévoyance dans l'élaboration d'un système de... prévoyance ! Alors que gouverner est, avant tout, prévoir... Une mesure supplémentaire de l'incompétence des gouvernants, politiciens, édiles, technocrates, bureaucrates, et candidats, de tous acabits qui rongent le pays depuis longtemps. Le concept de "retraite" est, par essence, indissociable de toutes les autres questions touchant à ceux de "société" et même de "civilisation". Autres "tabous" ainsi que pourrait le dire M. de Poncins... Le débat est donc ouvert, largement, très largement. H. Rius
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